jeudi 2 juin 2016

Prix spécial Amélie Murat 2016 pour "Les Clameurs de la Ronde" d'Arthur Yasmine

Le livre du poète vivant Arthur Yasmine, dont j'avais fait une recension sur le webzine cadépenddesjours.com, a reçu le prix spécial (unique dans l'histoire de ce prix) du jury Amélie Murat  2016 après moult débats qui, j'en suis sûr, ont dû être passionnant. Espérons que la jeunesse de France, lorsqu'elle n'est point occupée à tenir debout une place déjà conquise ou alors à mobiliser toutes ses forces vives pour pouvoir accéder en toute quiétude aux paradis artificiels, daigne s'arrêter quelques minutes sur la poésie de leurs contemporains, qui méritent bien plus d'attention sûrement que la petite verdure des basses plaines.

À bon entendeur, salut!



lundi 25 avril 2016

Citation Hölderlin II

Plus loin, toujours en parlant de sa Mélite "ah! Dieu! chacun des sourires de sa paix, chacune de ses célestes paroles, qui toutes me répétaient que son cœur, son cœur la comblait, devaient être pour moi autant de messagers funèbres; à l'idée que le merveilleux objet de mon amour était si merveilleux qu'il n'avait que faire de moi, le désespoir devait m'envahir. Que cette âme sainte me pardonne! j'ai souvent maudit l'heure où je la rencontrai, mon esprit délirant a souvent reproché à cette céleste créature de ne m'avoir rappelé à la vie que pour mieux m'accabler ensuite de sa hauteur. Se peut-il que des sentiments si peu humains fassent irruption dans l'âme humaine?" Höderlin, Hypérion (fragment Thalia). C'est à nous même qu'il faut reprocher de n'être qu'une vague machine à fantasmes.

dimanche 24 avril 2016

Citation Hölderlin

"Je voudrais savoir si elle pense à moi, parfois. Elle me regrette, peut-être. Mais je la retrouverai en quelque phase de l'existence éternelle. Nul doute! ceux qu'une parenté lie ne peuvent pas se fuir à jamais./Hélas! le Dieu en nous est toujours pauvre et seul. Où trouvera-t-il ses pareils? Ceux qui furent, qui seront là un jour? À quand le grand revoir des esprits? Car, je le crois, nous fûmes tous réunis, autrefois." Hölderlin, Hypérion (fragment Thalia). Voilà qui ressemble bien à Julia.

lundi 18 avril 2016

Julia, prochainement





Là, je fais entrer une femme en littérature. Par la petite porte, l'on s'entend. Dérobée aux regards de la foule, ou plutôt, dérobée par la foule même qui ne peut regarder, qui ne peut savoir regarder. "Mais c'est la porte du cœur" dira-t-on. C'est une porte à quatre sous avec ou sans cœur, avec ou sans amour. Une petite porte assez classique qui passera sûrement inaperçue, comme un mauvais vaudeville de porte. Peut-être qu'elle la remarquera, elle, la Julia, qu'elle lorgnera éperdument cette porte, par où elle est entrée. Et puis, qu'est-ce que Julia après tout? Ça n'a pas même de gouaille, ça n'a rien, c'est frustré au possible. Ça chiale tout le temps. C'est de la poésie en fait, mais pas de ce temps, bien que ça soit un brin féminin, bien que ça ait sa p'tite touche de rouge. La banqueroute du style est dans tout ce mélodrame. C'est même assez court. Évanescent. Ça s'plonge, ça s'dilue inévitablement dans la mémoire. Après l'avoir lu, on repose le livre, sans idées, sans lumières, comme un énième café de bistrot. D'ailleurs, elle s'y fait là singulièrement abstraite la Julia, elle se panthéise si l'on peut dire. À la fois Ciel et Terre, Chair et Âme. M'en voudra-t-elle de l'avoir traité ainsi? Elle en tirera beaucoup trop de vanité pour m'en tenir véritablement rigueur; on connaît bien les femmes. Et à son âge advenu, on aplanit les choses, on sait prendre parti, tirer le bon vin même dans la tourmente, etc., etc. Tiens! Comment Jeanne Voilier a-t-elle tirée parti de Lust? Comment l'a-t-elle digérée, le matin, devant son miroir, le soir au fond de son lit, ou tout le jour dans la superficialité vénielle des mondanités? Si ce livre n'a rien de singulier, rien qui ne soit marqué du tempérament, s'il est perdu dans l'espèce, il reste un livre de consolation pour son auteur en même temps, il faut l'avouer, qu'un art indirect de la séduction. Et puis, quelle création si l'on peut dire! "Oh! Le goinfre, il le sort!". Comme il a fallu cette tension, ce tragique, pour accoucher des plus beaux travaux, des plus grands forfaits du sublime, même pour faire passer tout ceci par une petite porte. Et l'on s'aperçoit ici que l'art est d'une sombre perversité. Une maladie mentale du discours figuratif, de la signification, plus terrifiante qu'une gravure de Pole Ka. Est-ce que l'univers, la nature, les arbres, les animaux, les montagnes, etc., ne sont pas le fruit d'une déception sentimentale? D'un contre-coup de l'amour? D'un idéal avorté? Y a aussi de l'avortement dans la création. Il n'y a pas de nature alors, il n'y a que du délit. Nous sommes tous un fruit malsain, un cri de souffrance et un ennui du vide. Au dévers de tout ceci, il y a l'abimation, usage contraire de la corporisation Baaderienne, d'où peut sortir une unification d'un ordre malsain, diabolique, issu de la déception morale. Pathétique. Fécondation d'un art pour noyer le cosmos. Suicide de l'art par le bonheur. Bon, je m'arrête là...



   
 





Je suis en train d'écrire encore sur Julia, un autre livre, ce sera bien sûr autre chose. Toujours elle bien sûr, mais sous d'autres angles, avec une autre géométrie. Ensuite, vaillamment, j'irai la jeûner pour toujours, à la manière d'Isaïe ou d'Évagre le Pontique, mais non dans un désert. Mais en revenant à notre petit livre que voici, il y a sûrement quelque chose de lento, de désuet aussi, d'un peu lamartinien. Quelque chose qu'il faudrait aimer et mépriser, dont il faudrait se moquer en bonne compagnie, tout en pouvant se dire de temps à autre "ce passage là est pas mal". N'en n'ira-t-il pas de même de toute mon "œuvre"? Mais on n'entre pas à l'académie pour un "passage là". On y entre communément en jouant des tours, des tours littéraires communément admis, communément prévoyants, des tours académiques. Je m'égare encore en écrivant ceci, enfin, il me semble quand même que tout ce manifeste pour une absente est pas mal à mon goût. Je ne suis là que paradoxe. Il y aussi du René Guénon vers la fin. Bref, Julia est Julia et n'est pas Julia, ou ne l'est plus, elle est la sensation que j'ai connu d'elle, sensation éprouvée par le magister de toutes les fêlures de l'être, c'est l'enfant et l'adulte qui l'ont aimé, c'est l'ombre, mon ombre voulant s'accoupler de son ombre pour contracter la lumière. Le deuil de l'autre est un nouveau clair-obscur. Le deuil n'appartient pas à tout le monde mon petit Derrida. L'effroi devant la nuit éternelle est notre être le plus profond. Car le deuil suit la perte de l'innocence de l'être mais ne la provoque pas. L'absence est la mort, toutes les absences sont les divines pourvoyeuses des spectres de la nuit.

jeudi 18 février 2016

Pour une revue quelque peu littéraire (partie 2)

Ô littérature ! L'on ne te revoit plus en nous comme autrefois, avons-nous épuisé l'essentiel?  Une revue ne devrait que te dire pour te ramener, là, à ton auguste place. Une revue devrait te regarder passer, là, comme une belle adolescente. Te siffler, te relooker, lorgner sur ta puberte poitrine en fleur. L'art est si peu rationnel, toujours froissé et froissant, toujours devant séduire dans un devoir de l'accaparement. Mais il vaudrait mieux qu'une folie philosophique t'accapare ainsi qu'une nouvelle manière de vivre de l'esprit. Sommes-nous devenus trop 《 humains 》? - les pensées de Stendhal et de Musil sur l'émergence de la culture dans une population donnée en lien avec le système politique régissant cette même population - mais là je m'égare peut-être, je fonds et me confonds. Une revue de littérature doit être issue du despotisme le plus absolu. Existence trop mûre de la culture, du beau, de l'exaltation, des institutions. Existence trop mûre de la perception, du stimulus. Bien qu'il faille tout rassembler en un point, toute l'activité créatrice en un seul lieu, pour revigorer, redonner grandeur, replacer au centre de la vie la littérature. Déculturer pour reconstruire la culture, pour mettre en acte l'idée littéraire, sonner le tocsin de l'acte. Comme un grand faiseur d'organe, l'écrivain produirait l'acte littéraire en tant que matière, pure matérialité, pure morale, ensemble d'objets que l'on pourrait jeter contre un mur ou florier alors comme un beau matin d'avril, embaumant l'air de parfums que l'on devrait à la fois sentir et toucher. Une revue philosophico-littéraire qui au bout de la course effrénée de l'acte du créer, agoniserait en un triomphe wagnérien scandant magistralement un 《 j'ai vécu pour aimer 》. Une revue du coït et non de la trans-. L'amour ce n'est pas surplomber en traversant, non, c'est autre chose, autre chose que d'enfouir une falaise sous son manteau. Volens en chaque ligne, en chaque idée, en chaque lecture, pénétration sonnante, accouplement disciplinaire, par le sentiment, par la rougeur des joues. Voilà le feu étincelant, voilà le phénix, voilà le jour! Voilà Éros dans la lumière, voilà Éros être lumière, accompli. Nouvel être ainsi accompli, idéal et en même temps incertain, symbole présenciel de l'inconnu matérialisé et conceptualisé où il nous faudrait habiter. Conquérir? Un nouveau cosmos.

dimanche 14 février 2016

Pour une revue quelque peu littéraire (partie 1)

Faut-il, dans une revue quelque peu philologicaille, dire qu'il faudrait inciter l'acte litteraire à nous révéler ce qui reste de la littérature? À devoir révéler l'indexation de sa valeur sur l'indice de la place nobiliaire de l'esprit humain dans notre société? Inviter la littérature à se faire jour comme devant un miroir, en elle-même, à contempler son vieux visage, son beau visage, ses rides qui ne sont le fruit que des éternelles romances dites et redites. Qu'elle puisse se regarder, se regarder s'écrire et essayer de se réinventer par tous les moyens possibles, par tous les mouvements du désir et de l'ennui. Voir cette littérature se voir, s'articuler comme un discours convenu sur une pratique qui a, semble-t-il, cessée de se placer dans la lumière la plus absolue de l'activité humaine. Et en même temps, cachée devant son miroir, devant sa parure de vieille dame bourgeoise, qui ne veut pas se perdre, se décomposer, en divers substances de la pensée autre, de ce qui est autrement pensé. Aime-t-elle quelqu'un, est-elle toujours amoureuse? Inviter la littérature à nous dire l'autre, à tout dire de l'autre, pour l'autre, pour toutes les substances de la pensée. Elle sait et elle ne sait pas, elle s'enchante, s'emerveille tout en se diluant dans toutes les substances intellectuelles. Comme elle pare joliment la philosophie de toutes les périphrases possibles en son imagination, de toutes les possibilités d'histoires, de langages, de travestissements. Pratique ta philosophie littérature, pratique la bien sincèrement comme depuis des siècles, depuis ta venue en notre esprit. Entretient ton sens éparse, multiple, anarchique. Ta transversalité. Où l'on te reconnaîtrait partout. Et pourtant, tu nous manques, tu nous manques véritablement. L'ensorcellement de ta première jeunesse nous manque. Ô, comme philosophie est toujours plus renaissante, comme elle entretient toujours plus facilement son objet, renouvellante fraîcheur du teint, du lisse de la peau. Comme elle est un toit brillant pour la littérature. Pour l'interne et l'externe. Un toit viril. Car il faut bien te vivre différemment ici. En philosophant. Et ressortir tout autre de cette manière, c'est-à-dire non pas dans la langue mais dans la vie, dans l'image de la vie. Il serait alors d'une revue pareillement à un tableau de maître. À une contemplation de l'image et du texte, de l'image de la pensée de ce texte et de la nourriture de cette image pour l'esprit. Autre façon de voir de l'esprit, d'être auteur. Mais comme cette Daphné moderne de l'art littéraire, ce laurier-rose, doit se faire aussi tout autre. Un grimoire inépuisable d'evocations, de mythes s'accouplant, démultipliant la vie, la frêle vie, notre vie, sevrée de toute candeur originelle. Car l'anacoluthe est violente en sa maîtrise. Vie et mort sur ton visage de reine, écho amoindri de ta gloire. Mais combien une ligne, vraie ligne, me rend heureux. Et l'esprit du temps va son chemin; et toi, où vas-tu? Une revue qui  ne serait pas même un mot, une lecture, tout juste une cuisine pour le ventre, une syntaxe stomacale.