jeudi 9 avril 2015

Tom Dixon et la « beat » generation


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Led Brass 7 Watt Bulb by Tom Dixon



Qu’est-ce que le design? Est-ce dessiner une lampe de manière originale, établir une certaine technique de production d’un objet, offrir une autre manière de voir un accessoire de notre quotidien? Le designer vous dira toujours qu’il cherche à optimiser, ne pas charger les choses, faire disparaitre un bouton, réduire un volume, faire naitre un nouvel espace. Séduire par la justesse d’une courbe indispensable. On ne chercherait sûrement pas à optimiser le nez de Cléopâtre, ni la chapelle Sixtine. Louis Sullivan prônait la prépondérance de la fonction dont la forme doit être assujettie. La forme d’un objet c’est sa nature fonctionnelle. Ou la forme de la fonctionnalité, de comment nous fonctionnons avec l’objet? Le fonctionnalisme reste un ressort fondamental du design d’aujourd’hui même si l’idée naturaliste avec qui elle est liée dans les propos théoriques du début du XXe siècle ne semble plus se présenter à l’esprit de nos concepteurs contemporains. Le constructivisme du Bauhaus reliant art et artisanat, art et technologie, engage un mouvement vers des formes dont les structures trouveront leur influence dans l’abstraction géométrique, l’industrie, la mécanique, le collage, la peinture du début du XXe siècle, le socialisme et dont le rapport de la forme à la fonctionnalité seront particulières, loin du naturalisme de leurs prédécesseurs qui pourtant leurs ont ouvert la voix a la modernité. De nos jours, le travail de Tom Dixon offre cette particularité de paraître iconoclaste, mêlant matériaux industriels, artisanat, technologie et tout de même se rattacher à une tradition proche du constructivisme teinté de postmodernisme ou même de la tradition classique britannique. Bref, c’est utilement stylé.


Void Steel

Tom Dixon est né à Sfax en Tunisie en 1959. En Angleterre il fait ses études au Chelsea College of Art and Design mais abandonne par la suite. Dixon est l’un des designers britanniques les plus originaux de son temps. 

En 1980, Tom Dixon est bassiste dans un groupe rock intitule « Funkapolitain », il travaille aussi comme animateur dans une discothèque la nuit. Malgré ce nom de scène, le groupe arrive a faire a peu près le tour du monde en donnant des concerts de rock. Mais Dixon se casse un jour le bras et ce chapitre musical de sa vie se termine alors pour lui. La nature ayant horreur du vide, et afin de rebondir d’une manière qui le caractérise, Dixon s’essaie aux techniques de soudure, créant ses premiers meubles et autres objets dans le domaine du luminaire à l’aide de matériaux de récupération notamment le métal.

Dixon est l’un des designers britanniques les plus originaux de son temps. Il est récompensé par le titre de « Designer of the Year » en 2006, élu designer de l'année au salon Maison & Objet 2014, ses réalisations sont exposées dans les musées du monde entier (dont le Centre Georges Pompidou, Moma et Victoia & Albert Museum qui ont fait l’acquisition de certaines œuvres phares du designer comme les luminaires « Mirror Ball », « Copper Shade », ou « Beat Light »), ce designer autodidacte qui a une prédilection pour le métal a connu un parcours atypique et exceptionnel.
 
Businessman dans l’âme, il s’ouvre la voix de la reconnaissance internationale au début des années 90 avec la creation de ses S-Chair - éditée chez cappellini - et Pylon Chair. Il a été un moment directeur artistique chez Habitat, puis il a créé sa propre firme afin de produire ses propres collections de luminaires et de mobilier. Dixon, c’est la réunion de l’artisanat, de l’industrie et de la technologie, du hangar et de la start-up. Par exemple, le fauteuil « Wingback » s’inspire du style britannique du XVIIIe siècle et est fabriqué avec des techniques traditionnelles se caractérisants par le design contemporain des courbes et du dos du fauteuil. Les créations de Dixon sont représentatives de ses goûts pour les matériaux bruts, l’artisanat et les formes industrielles, les technologies numériques. Enfant terrible du design international, ce designer, qui s’est mit récemment dans le sportwear en proposant ses services pour adidas, sait marier avec habileté des mondes aussi différents que ceux de la technique, technologie et fonctionnalité tout en respectant la longévité des produits et leurs solidités.

S Chair
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Pylon Chair

http://www.remodelista.com/files/fields/wing-back-chair-tom-dixon.jpg
fauteuil Wingback

Void Mini Steel





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Copper Shade



Beat Stout Black


Pipe Light



Suspension Beat
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Glass Tube
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Glass Lens





lundi 6 avril 2015

Xavier Lust ou la grâce de la fonctionnalité



 
flow Sofa collection, 2007 2008

Le travail du designer belge Xavier Lust, qui s'est fait remarquer dans le milieu du design par son approche originale de l'utilisation du métal, offre à nous interroger sur la forme et la matière, sur l'espace créé par les différentes torsions de l'objet. Né en 1969, il est diplômé en Architecture d’Intérieur à l'Institut St Luc en 1992. Plusieurs fois récompensés pour ses créations, il obtient notamment le prix de Jeune talent du Prix Henry Van de Velde en 2003 ou encore le fameux Compasso d'Oro à Milan en 2004. Spécialisé dans l'utilisation du métal, il développe en 1999 une expérience singulière basée sur les nouvelles techniques en chaudronnerie industrielle pour la déformation de feuilles métalliques pour obtenir une optimisation de la solidité et de l'affinement de l'objet.

Chandeliers

Il y a une élégance très frappante dans les courbes données aux objets , très travaillées, très pures. Elles ont une finesse qui apporte une sorte de grâce à la forme. Il faut regarder par exemple les pieds des chandeliers, qui semblent s’étaler comme une robe, solidement posés sur le sol. On est tout aussi frappé par le minimalisme et la sobriété du volume de l’objet. C’est un design qui veut opérer avec l’art de la légèreté, et en même temps cette solidité, cette stabilité, que lui confère la forme qui est toujours simple et le matériau. La forme est au plus près de la fonctionnalité, c’est en quelque sorte celle-ci qui se regarde dès le premier instant, qui se donne dans sa plus simple expression au regard stupéfait d’une métamorphose des lignes, du mouvement, de la subtilité dans ce qui parait si simple, si futile. L’équilibre des proportions, l’éclat du matériau, l’ancrage de l’objet dans une modernité si consciencieuse sur la parcimonie, mais en même temps tout le naturel qui se dégage, qui se dit dans la manière dont l’objet est posé comme une évidence de ce qu’il est et de ce qu’il doit accomplir comme fonction. Loos n’aurait sûrement pas tari d’éloges pour certaines de ces œuvres, pour ce langage dénué d’ornement inutile, compréhensible, clair, et innovant dans son dessin unique issu de l’imagination d’un designer au talent unique.

'Turner', Candle holder, 2003-2004 Driade Kosmo 'Cruise', Wine Cooler, 2008-2009
Driade Kosmo



'La grande table' 2001-2002







Sofa









Chaise

Console

S-Table Bronze


Xavier Lust obtient la notoriété vers 2000 grâce à ses créations comme la chaise 4P qui a été créée pour Elixir, ou Le Banc pour MD Italia.


Blob II, Miroir, 2007


Chandeliers




Lust aime déformer la matiere, repousser les limites esthétiques de la forme, ce qu’il dit sur la creation des miroirs bombés intitulés « Blob » composés de fines tôles d'acier inoxydable poli-miroir est très significatif, « Leur réalisation a exigé d’indispensables essais empiriques pour comprendre la limite de déformation acceptable. » Les différents secteurs d’activités de Lust sont l’architecture d’intérieur que ce soit pour des particuliers ou pour des professionnels, le mobilier urbain, des séries limitées d’objets d’art design. Pour Lust, la grâce parfaite de l’objet est peut-être inachevable ou demande un travail minutieux et de longue haleine, « dans un projet, le prototype réalisé est un moment de grâce. Certains d’entre eux sont aboutis, mais il y a toujours un moyen de les améliorer. Et, parfois, la recherche prend des années avant que le résultat ne soit réellement satisfaisant… » a-t-il dit.



Chaise
Lienswww.xavierlust.com et sa page facebook Xavier Lust Design Studio

jeudi 2 avril 2015

La fonctionnalité chez Adolf Loos



L’objet chez Adolf Loos paraît résister au temps, à la légèreté des modes, toujours utile dans sa fonction mais aussi utile dans son paraître. Entre le conventionnel, la traditionnel et un design spécifique qui installe l’objet dans une modernité véritable. L’objet a sa propre manière d’être, une élégance pure et expressive. On peut y lire des traits esthétiques du début du XXeme siècle et en même temps un référentiel plus lointain qui opère dans la sobriété de l’objet.



Mais Loos se garde bien de se référer expressément a un ancrage dans une esthétique du passe. Ne disait-il pas justement dans Céramique (1904) «Je n’écris que pour des hommes qui possèdent un sentiments moderne. Pour des hommes qui sont reconnaissants à l’ordre universel d’avoir à vivre aujourd’hui et non en des siècles antérieurs. Je n’écris pas pour des hommes qui se consument en nostalgie de la Renaissance et du rococo.» C’est une image paradoxale que nous présente ainsi l’architecte. Image d’un iconoclaste pur et dur et d’un maître en confrontation avec certaines tendances nouvelles de son époque. Mais il ne faut pas s’y tromper, les deux critères fondamentaux qui sous tendent sa démarche esthétique sont le matériau de l’objet la fonction de l’objet. On dirait que Loos, dans sa simplicité et sa parcimonie, utilise le rasoir d’Occam pour conceptualiser ses objets. La forme de l’objet est donc représentative de l’utilité de l’objet. Et c’est ici que l’on trouve le sens esthétique de Loos qui est une clarification de ce que doit être l’objet dans sa manière d’être au monde. C’est la fonction que veut donner l’utilisateur qui structure la forme esthétique.  

Lampes, vers 1900

Deckenleuchte, vers 1912
Traditionelle Wandleuchte
Loos critiquait l’ornementation qui avait cours dans l’esthétique de l’ancienne et de la nouvelle Vienne. La dimension éthique ici est unique et donne toute la mesure de l’importance du binôme éthique/esthétique. L’objet découle d’une idée du bon comportement que nous devons adopter dans la vie, de la bonne manière de juger des choses, d’organiser notre vie intérieure. La sobriété extérieure opérée par une personne n’est que le reflet de sa richesse intérieure, de la grande individualité de sa personnalité. Loos cherche à changer la conception que se fait l’homme de l’esthétique, de reformer sa vie au travers d’une mesure, d’une pondération dans les lignes, l’aspect, la structure. l’ornement contraint la fonctionnalité de l’objet, il fait en quelque sorte perdre du temps et ne doit en aucun cas être regardé comme un objet d’art. L’homme doit se détacher de tout le superflu qu’entretient l’ornement avec l’objet. Il pourra ainsi se diriger vers des tâches beaucoup plus importantes ou utiles, favoriser la direction de son énergie vers ce qu il y a de plus élevé.

Lampe en laiton



Villa Müller
«L’absence d’ornement a porté les autres arts à une hauteur insoupçonnée, les symphonies de Beethoven n’eussent jamais été écrites par un homme devant déambuler dans la soie, le velours et la dentelle. Celui qui de nos jours circule en habit de velours n’est pas un artiste, mais un guignol ou un vulgaire peintre en bâtiment. Nous avons gagné en finesse, et en subtilité.» Adolf Loos, Crime et ornement, Payot, Rivage poche, p. 87.

 «Seule une toute petite partie de l’architecture relève de l’art : le tombeau et le monument. Tout le reste, tout ce qui est au service d une fin, est à écarter du domaine de l art.» Adolf Loos, Crime et ornement, Payot, Rivage poche, p. 113.

Mais tout cela n’engage pas encore ce que l’on appelle le design. Car Loos fait du design et l’on remarque bien aujourd’hui que les leçons de modernité qu’il a laissé ne sont pas tombées dans l’oublie et que la parcimonie esthétique est partout, de plus en plus, de la boîte Nivea au iphone bien que tout cela ne relève pas de la tradition antique.